A la porte

Elle était là, assise au pied de la porte, joue droite collée contre cette dernière, à retenir sa respiration du mieux qu’elle pouvait. Elle tentait de percevoir les sons qui s’échappaient. Elle avait fini par perdre le fil du temps, mais cela devait bien faire plus d’une quinzaine de minutes qu’elle était là, les articulations de ses genoux appuyées contre la moquette du couloir la faisait souffrir. Elle n’avait pourtant pas bougé d’un pouce, non pas qu’elle eut peur d’émettre un bruit en bougeant mais simplement et uniquement parce qu’elle ne désirait pour rien au monde louper le moindre petit son émis de l’autre côté, dans cette chambre sacrée…

Cela faisait plus d’une semaine déjà qu’elle venait ainsi discrètement, chaque nuit, déposer son oreille délicatement contre le chambranle de cette porte, et écouter comme un doux rituel sa sœur s’unir à son nouveau compagnon. Chaque soir, elle demeurait immobile, de la première à la dernière minute, jusqu’à ce qu’elle n’entende plus que leurs discrets ronflements à tous deux. Alors, elle trouvait enfin le courage de regagner sa propre chambre, faisant bien attention à ne pas réveiller les deux tourtereaux.

A présent, elle avait pris le pli, et savait comment s’installer pour être aux premières histoire de plaisirloges, sans trop s’abîmer les genoux ou attraper des crampes. La douleur de ces dernières, elle avait appris à vivre avec, à les supporter, ne les voyant plus que comme une phase d’acceptation pour cette séance quotidienne qu’elle s’infligeait… non, qu’elle s’accordait.

Comment ne pas rougir à chaque fois, ainsi positionnée, comme une insoupçonnée voyeuse, guettant le tout premier frémissement, puis le second, et tous ces sons qui allaient venir, plus ou moins forts, plus ou moins hauts, durant ces interminables minutes ? Elle se mordait toujours les lèvres, une main appliquée devant sa bouche, pour éviter de se trahir. Sa façon à elle également d’un peu moins culpabiliser, face à cette attitude des plus obscènes, des plus déplacées, du moins était-ce ainsi qu’elle se jugeait elle-même.

Comment imaginer que sa grande sœur, son idole de toujours, serait aussi celle qui la mettrait dans un pareil émoi ? Etait-ce la vue première de son compagnon, un beau et grand jeune homme à l’allure sportive dont n’importe quelle femme tomberait amoureux au premier regard qui l’avait mis dans cet état ? Ou seulement la joie quotidienne de sa sœur chérie, ses yeux pétillants et son sourire béat qu’elle arborait depuis leur rencontre ?

Malgré la honte constante qu’elle ressentait à espionner ainsi, à aucune seconde elle n’envisageait d’y mettre fin, de retourner sagement dans sa chambre avant d’avoir écouté leur dernier râle de plaisir. Lui, elle ne l’entendait alors qu’à cet instant précis, un bruit rauque, presque caverneux, quoique toujours discret. Toujours, elle se mordait le plus fortement possible la paume de sa main, afin de retenir l’afflux de sensations, de désir et de plaisir montant dans tout son être au son de cette agréable voix masculine furtive mais si envoutante.

Elle, elle l’écoutait tout du long durant, fermant les yeux pour mieux entendre encore, sa main libre posée contre la porte, comme si par ce simple geste elle parvenait à mieux percevoir les choses ou mieux encore comme pour créer un lien charnel avec ces deux amants.

histoire de plaisirA écouter, on y percevait tant et tant de choses. Il y avait en premier lieu ces sons si caractéristiques, aigus, féminins : tantôt de simples soupirs, tantôt des feulements. A d’autres moments des plaintes, des gémissements, ou bien encore des cris étouffés… Une véritable symphonie musicale semblait se jouer, évolutive. A force, elle avait appris à les reconnaître, à les étudier, à deviner ce à quoi chacun d’entre eux correspondait. Du moins l’imaginait-elle…

Pour s’aider, elle écoutait dans un second temps ces bruits plus discrets, plus subtils : ces délicieux frôlements entre leurs corps respectifs, leurs lents déplacements à travers la pièce,… Chaque sonorité, plus ou moins lointaine, lui donnait de délicieux indices sur eux, sur leur position, leurs gestes, leur tenue, leurs baisers, leurs caresses… A force, elle pouvait presque voir à quel instant il lui retirait sa petite culotte, à quel moment ses lèvres glissaient de son cou à la douce rondeur de ses seins, à quel autre elle se mouvait jusqu’entre ses jambes pour venir le gouter.

Elle en connaissait chaque son, chaque aspiration, savait quand elle était un poil trop ambitieuse et allait lâcher un léger hoquet discret avant de se reprendre et s’appliquer plus encore. Elle savait s’il la regardait fixement dans ses sublimes yeux bleus au moment de se glisser enfin en elle, ou si au contraire il préférait appuyer son buste massif contre son dos, et venir alors à chaque fois d’une manière plus brutale entre ses lèvres intimes. Elle pouvait deviner les yeux de sa sœur s’écarquiller en cet instant précis, ses lèvres s’entrouvrir, ses doigts se crisper aux draps du lit, quand ce n’était pas après les barreaux de ce dernier, ou encore contre le rebord du bureau. C’était toujours long, passionné, inventif aussi. Elle y prenait toujours un immense plaisir, indescriptible, et l’enviait.

Soudain, tout ne fut plus que silence. Elle les imagina blottis l’un contre l’autre, elle délicatement enroulée dans le creux de ses larges bras. Plus un bruit. Sans doute s’étaient-ils endormis. Lentement, comme elle savait à présent si bien le faire, elle se laissa glisser jusqu’à sa chambre, refermant celle-ci derrière elle, comme pour se couper définitivement de cette posture de voyeuse, et redevenir, pour une journée seulement, cette jeune femme innocente. Alors, en fermant les yeux, de la même manière chaque nuit, chaudement emmitouflée dans ses draps, elle se prit à imaginer le jour où une personne collera sa délicate oreille tout contre sa porte, de la même manière. Qu’il lui tardait !

Ecrit par Natacha M.

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